THE SQUARE - comedie dramatique

The Square est un film suédois réalisé par Ruben Östlund en 2017

Date de sortie : 18 octobre 2017 (France)

Durée : 2h22

De : Ruben Östlund

Avec : Claes Bang, Elisabeth Moss

Genre : Comédie dramatique

Nationalité  : Suédois

Distribution

Synopsis 

Christian est un père divorcé qui aime consacrer du temps à ses deux enfants. Conservateur apprécié d'un musée d'art contemporain, il fait aussi partie de ces gens qui roulent en voiture électrique et soutiennent les grandes causes humanitaires. Il prépare sa prochaine exposition, intitulée "The Square", autour d'une installation incitant les visiteurs à l'altruisme et leur rappelant leur devoir à l'égard de leurs prochains. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs : quand Christian se fait voler son téléphone portable, sa réaction ne l'honore guère. Au même moment, l'agence de communication du musée lance une campagne surprenante pour The Square : l'accueil est totalement inattendu et plonge Christian dans une crise existentielle.

Critique Télérama -  Guillemette Odicino 

La Palme d’or 2017 risque de faire naître bien des débats houleux dans les dîners en ville. Ce genre de dîners, justement, qui sont le lot quotidien de Christian, le conservateur quadragénaire d’un grand musée d’art contemporain de Stockholm. Le très séduisant Christian (Claes Bang, magnifique acteur danois aux allures de James Bond intello) a une haute idée de la culture et une idée tout aussi haute de lui-même. Dès la séquence inaugurale, piquante, une journaliste (Elisabeth Moss) lui lit un texte hermétique de présentation du musée, auquel elle n’a rien compris.

On imagine aussitôt, de la part de Ruben Östlund — dont on avait découvert la causticité dans Snow Therapy, en 2015 —, un exercice un peu facile de moquerie de l’art contemporain. Pourtant, quand monsieur le conservateur s’explique, il en revient tout simplement au principe du ready-made de Marcel Duchamp : le seul geste délibéré d’exposer un vulgaire objet du quotidien dans un musée peut en faire une œuvre d’art…

Le dispositif que Christian s’apprête à présenter dans son musée lui tient à cœur. Un grand carré tracé au sol avec ce texte explicatif : « Le Square est un sanctuaire où règnent confiance et altruisme. Dedans, nous sommes tous égaux en droits et en devoirs. » Et il croit dur comme fer à la candeur de cette installation que l’on peut voir comme une allégorie de la social-démocratie idéale… Un jour, dans l’indifférence générale des passants, Christian vient en aide à une jeune femme en détresse, et le voilà tout fier de son courage et de son altruisme. Quelques minutes plus tard, pourtant, il constate qu’il s’agissait d’une mise en scène pour lui voler son portefeuille et son portable.

Tout l’esprit de Ruben Östlund se ­déploie déjà dans cette séquence qui souffle le chaud et le froid, l’humanisme et le cynisme. Car, au-delà de ces piques, plutôt drôles, sur l’art conceptuel, The Square est une critique, d’une revigorante ironie, de nos sociétés con­fortables (intellectuellement, financièrement) et de plus en plus coupables et culpabilisées de l’être, quand la misère est recroquevillée, dans le froid, à chaque coin de nos rues. Comment (r)établir la solidarité alors que l’homme reste un loup pour l’homme ? Christian, vexé d’avoir été dupé dans sa confiance, imagine un subterfuge pour récupérer son portefeuille et son téléphone : œil pour œil, dent pour dent. L’intellectuel se croit malin, au volant de sa Tesla, dans cette banlieue qui l’effraie où il cher­che les coupables. Pourtant, sa machination va humilier un gamin et bouleverser Christian…

Quelle mise en scène brillante ! Chaque plan est une composition rigoureuse jouant sur le champ et le hors-champ, où le cinéaste suédois explore les rapports tendus entre nature et culture, entre dominants et dominés. Le moment le plus hilarant ? Une dispute insolite, après une nuit de sexe, où Christian a une manière toute ridicule de veiller sur sa virilité… La séquence la plus époustouflante, elle, est un véritable happening. Lors d’un dîner de gala en faveur des généreux donateurs du musée, un performeur sème la terreur entre les tables en ­imitant un grand singe dominateur. Malaise dans la civilisation. Là encore, Ruben Östlund étire ce violent moment de gêne jusqu’au paroxysme, et nous interroge sur notre propre lâcheté… Le film finit pourtant sur une note d’espoir. Loin d’être mièvre, ce semblant de happy end, après deux heures de causticité, est un encouragement à ­entrer dans « le Square ».

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